Herbe divine, racine de vie, c’est ainsi que les Chinois ont qualifié cette plante qui, selon une légende, ne peut être cueillie que par les wa-pang-suis, chasseurs-cueilleurs spécialement formés et rassemblés en une guilde. C’est que, voyez-vous, la nuit, les racines changent de place.

Eh oui, heureusement, les wa-pang-suis peuvent les repérer grâce à une lueur particulière que la plante émet et qu’ils ont appris à reconnaître! Armés de minuscules arcs et de flèches en or attachées à un cordon, ils le chassent comme ils le feraient pour un gibier royal.

Prisé, donc, et glorifié par près du quart de la population du globe, le ginseng a fait l’objet, au cours des siècles, d’un commerce extrêmement lucratif. On a dit, qu’à cause de lui, de nombreuses fortunes se sont faites et défaites en un seul jour.

En Amérique, tout a commencé lorsque le père Francis Lafitau, dont la mission consistait à évangéliser les « Indiens » du Québec, découvrit, qu’il poussait une espèce indigène de ginseng dans nos forêts de feuillus. Il fit cette observation grâce au frère Jartoux, un jésuite vivant en Chine, qui lui avait fait parvenir une description du ginseng oriental. En peu de temps, il devint plus lucratif de courir les bois à la recherche de la racine que de cultiver la terre et nombre de fermiers abandonnèrent la culture du blé, pourtant denrée essentielle, pour s’adonner à cette activité. Ceux qui étaient restés sur les fermes se retrouvèrent rapidement sans main-d’oeuvre, les « Indiens » qu’ils embauchaient ayant abandonné leur travail pour partir à la recherche de cet or végétal qui promettait des revenus fabuleux. On a d’ailleurs assimilé ce formidable déplacement de personnes à la ruée vers l’or qu’a connue la Californie au XIXe siècle.

Dès le XVIIIe siècle, des tonnes de racines de ginseng étaient expédiées du Canada et des États-Unis vers la Chine, si bien qu’à la fin du XIXe siècle, la plante a pratiquement disparu du Québec et de l’Ontario, provinces où elle était particulièrement abondante. Aujourd’hui, elle ne survit d’ailleurs que dans de très rares stations, dont l’emplacement est gardé jalousement secret par quelques botanistes absolument incorruptibles. Vos chances, donc, de tomber sur une talle sauvage sont à peu près aussi grandes que celles de rencontrer un scarabée doré en pleine rue Sainte-Catherine. Idem pour les États-Unis, où le ginseng ne pousse plus que dans les endroits infestés de serpents, fréquentés uniquement par une poignée de cueilleurs au coeur solidement accroché.

En Asie, sa culture fait l’objet de soins attentifs. Ainsi, en Corée, le gros des cultures est confiné dans les limites d’une ancienne cité d’environ 40 kilomètres de diamètre, entièrement entourée de murs de pierre. Surveillées 24 heures sur 24 par des gardes armés, les cultures sont sous le monopole de l’État, qui détermine les normes de qualité, les prix et les volumes que les fermiers peuvent produire. Au Vietnam, où pousse une espèce locale rare, on a entouré de hautes clôtures métalliques les enceintes où elle s’est établie mais faute de budget pour exercer une véritable surveillance, les « braconniers » s’en donnent à coeur joie et sont en train de décimer les populations. En Chine, où il poussait jadis à l’état sauvage, il s’est quasiment éteint à cause de la surexploitation des forêts.

Son nom

Panax vient du grec pan, « tout », et akos, « soigne, guérit », qui, en français, a donné « panacée ». Chez les Romains, Panacea était la fille d’Esculape, dieu de la médecine.

Quant à « ginseng », il vient du chinois jen-shen, littéralement « plante-homme », par allusion au fait que les Chinois prisent tout particulièrement les racines dont la forme rappelle celle de l’être humain. À cause probablement d’une déformation linguistique, au Québec, on l’a appelé « ninzin », puis « ninzin aralié » (« aralié », parce qu’il appartient à la famille des araliacées). En passant, le terme « araliacées » dériverait d’un mot amérindien. Il aurait été communiqué à un botaniste français par un de ses confrères québécois pour finalement faire partie de la terminologie botanique officielle.

Il semble que notre espèce, le Panax quinquefolius (ou ginseng à cinq folioles) présente à peu près les mêmes caractéristiques que l’espèce asiatique, bien que certains lui attribuent des effets différents. Nous possédons également une autre espèce, le Panax trifolius, appelé « petit ginseng » ou « ginseng à trois folioles », dont la racine est plus petite et entièrement ronde mais elle n’a fait l’objet d’aucun commerce d’importance.

Et ça se mange?

À ma connaissance, il n’existe pas d’emplois culinaires pour le ginseng, ni chez les Amérindiens ni chez les Asiatiques, qui le considèrent comme un médicament en bonne et due forme. On a toutefois rapporté que certaines personnes en mâchaient volontiers, particulièrement lorsque la racine est fraîchement récoltée car elle est alors agréablement sucrée.

Dans la tradition macrobiotique, on consomme une boisson, le thé mu, qui renferme 16 plantes, dont le ginseng. Mais la consommation de ginseng pur n’est pas recommandée sur une base quotidienne.

Et ça soigne quoi?

Inutile de rappeler que les Asiatiques le considèrent comme un excellent aphrodisiaque, particulièrement pour les hommes dont la virilité s’estompe avec l’âge, les pôvres! De façon générale, la tradition orientale en fait un tonique particulièrement adapté aux personnes âgées, que ce soit pour rétablir un bon niveau de performances physiques ou une bonne activité mentale. Pour les Chinois, c’est le plus puissant des stimulants cordiaux, toniques, stomachiques et fébrifuges. Ils affirment qu’il « remplit le coeur d’hilarité », et que son emploi, même occasionnel, permet d’ajouter une dizaine d’années à la vie de quiconque en consomme.

Toutefois, la médecine traditionnelle chinoise le prescrit rarement seul, mais plutôt en mélange avec diverses autres plantes médicinales.

L’Europe a connu quelques vogues de ginseng, mais jamais comme l’Asie qui reste la région du globe où on le consomme le plus. En Amérique, on a employé le ginseng à cinq folioles pour ses propriétés toniques et stimulantes, particulièrement « pour relever les forces abattues par les excès », et pour stimuler la digestion. Toutefois, à la fin du XIXe siècle, son emploi dans la pratique régulière était à peu près abandonné. Aux États-Unis, il fut une époque où on l’estimait grandement pour soulager les problèmes digestifs. On lui attribuait la propriété de neutraliser le trop plein d’acide gastrique ainsi que les éructations désagréables qui en résultaient. Pour certains médecins, cette action avait aussi pour effet de soulager le rhume et les rhumatismes, ces dernières affections étant, selon les théories de l’heure, une conséquence directe d’un excès d’acide gastrique. Chose certaine, la plante mérite réellement d’être essayée dans les cas de troubles de l’estomac. On l’a également utilisée pour soulager les spasmes du hoquet et de l’asthme ainsi que les quintes de toux.

Bien que jamais attestés, les usages médicinaux du petit ginseng seraient, selon les Soeurs de la Providence, les mêmes que ceux du ginseng à cinq folioles.

La méthode traditionnelle chinoise pour préparer la racine de ginseng consiste à la débiter en copeaux que l’on place dans un récipient de grès. On verse de l’eau bouillante sur les copeaux et on place le récipient dans une casserole partiellement remplie d’eau (une sorte de bain-marie, en somme) et on chauffe le tout à petit feu pendant six heures. On l’a également préparée en la râpant finement et en ajoutant de ¼ à ½ c. à thé de cette poudre dans un quart de litre d’eau bouillante; ou encore en la brisant en petits morceaux que l’on fait cuire 45 minutes dans de l’eau bouillante, à raison de 3 c. à thé par tasse d’eau.

On peut également préparer une infusion avec les feuilles. Quant aux fleurs, qu’en principe on ne laisse s’épanouir que sur une faible proportion de plants afin d’obtenir une racine plus vigoureuse, les Coréens en préparent une tisane qui est hautement estimée.

Contre l’impuissance, on a recommandé de le prendre sous la forme de poudre pure, à raison de 2 g par jour à avaler avec du liquide ou une bouchée d’aliments au repas du midi. Faire des cures de trois semaines. Et si vous désirez conquérir l’homme ou la femme de votre vie, voici la recette d’un philtre d’amour absolument infaillible.

Philtre d’amour

Dans son Aromathérapie, le docteur Jean Valnet propose une recette de vin aphrodisiaque qui consiste à faire macérer pendant 15 jours 30 g de cannelle, 30 g de vanille, 30 g de ginseng et 30 g de rhubarbe dans un litre de vin de Malaga ou de vin vieux de Chablis. On filtre et on ajoute ensuite quinze gouttes de teinture d’ambre.

Si vous ne trouvez pas de rhubarbe ou de teinture d’ambre, remplacez-les par une branche de romarin, 3 pincées de thym, 3 pincées de noix muscade, quelques feuilles de menthe et une dizaine de pétales de rose, que vous ferez macérer avec les autres plantes.

Il n’est pas interdit d’ajouter au philtre de la bave de crapaud, laquelle ne consiste pas en ces petits dépôts d’écume qu’on trouve un peu partout sur les plantes pendant l’été puisqu’il s’agit là de sécrétions renfermant des oeufs d’insectes. Non, il n’y a rien à faire, la bave de crapaud, il faut la prélever directement sur les crapauds.

Ginseng bio herbe divine, racine de vie

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Son mode de culture

Les semences de ginseng vendues dans le commerce sont généralement stratifiées, c’est-à-dire qu’elles ont été artificiellement gardées au froid afin de « briser » leur état de dormance. Ce qui a l’avantage de faire gagner un an sur la culture.

Si vous possédez de la terre et décidez d’y implanter du ginseng, le petit bouquin de A. R. Harding Ginseng and Other Medicinal Plants, d’abord publié en 1908, et qui a connu plusieurs rééditions, reste la référence de base.

Toutefois, si l’univers ne s’est pas montré particulièrement généreux à votre endroit et que vous ne possédiez qu’un bout de balcon, il est tout de même possible de cultiver du ginseng en contenant, en autant qu’il ne soit pas exposé à la lumière crue du soleil d’été et qu’il soit protégé des vents glacés de l’hiver.

Semis de ginseng

Le ginseng se contentera également d’une cour à l’ombre, comme il y en a des tas dans les grandes villes, ou d’un petit bout de terrain à la campagne. Dans tous les cas, voici comment faire :

1) Préparez un bon terreau à base de terre à jardin, de mousse de tourbe (ou de terreau de feuilles mortes si vous pouvez mettre la main sur cette précieuse substance), de vermiculite et de sable horticole, à parts égales. Pour la culture en pot, utilisez les mêmes ingrédients, en plus d’ajouter un bon compost, qui entrera pour un tiers dans le mélange, et un peu de poudre d’os.

2) Remplissez de ce terreau des bacs de culture – de bois, de polystyrène, de fibre – ou des pots d’argile ou de plastique. Assurez-vous que vos contenants ont des trous pour le drainage.

3) Dans les bacs, semez vos graines à 2 cm ou 3 cm de profondeur et à 2 cm d’espacement. Dans les pots, mettez tout au plus une dizaine de graines par pot, qu’à la levée il faudra éclaircir de façon à n’avoir qu’un seul plant par pot.

4) Placez bacs ou pots à l’extérieur dans un endroit qui recevra la lumière du soleil au printemps. Pour les bacs, il n’est pas nécessaire que l’endroit soit très ombragé car vous transplanterez vos plants assez tôt la saison suivante. Pour les pots, placez-les dans un endroit ombragé ou assurez-vous de pouvoir les déplacer à la fin du printemps de l’année suivante.

5) En milieu rural, entourez bacs ou pots d’un grillage dont les mailles ont environ 1 cm (de type grillage de cage à lapin) afin d’éviter que les rongeurs n’en fassent leur festin d’hiver (les mulots sont très friands des graines; c’est même l’une des principales raisons de l’échec des cultures en semis direct).

6) Recouvrez le tout d’un épais tapis de feuilles mortes (15 cm).

7) Au printemps, enlevez le paillis et assurez-vous que la terre des bacs reste humide mais non détrempée. Quand les plants auront deux vraies feuilles, transplantez-les délicatement à 20 cm d’espacement, en utilisant un transplantoir pointu pour ouvrir le chemin aux jeunes racines. Comme on l’a dit plus haut, l’endroit doit être ombragé. S’il ne l’est pas, vous aurez pris soin de construire un abri assez élevé (au moins 2 m) recouvert tant sur les côtés que sur le dessus, de clôture à neige. L’espacement des lattes de bois permet d’apporter exactement le rapport lumière:ombre dont le ginseng a besoin pour s’épanouir.

On peut également se procurer des racines d’un an chez un producteur et les transplanter tel qu’indiqué ci-dessus.


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